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Fraise et cerises : LES DOUCES COMPLICES DU PRINTEMPS

  • 3 juil.
  • 4 min de lecture

Dès les premiers rayons tièdes, elles s'installent sur nos étals comme deux amies inséparables. La fraise et la cerise annoncent la belle saison : celle où la lumière s'attarde, où les paniers se remplissent plus vite, où les marchés reprennent leurs couleurs. Deux fruits familiers, presque évidents... et pourtant, leurs histoires commencent loin de nos campagnes françaises.




La fraise, une histoire de voyage


La fraise que nous croquons aujourd'hui ale goût d'un voyage. L'histoire raconte qu'audébut du XVIIIè siècle, un officier de marineet cartographe, Amédée-François Frézier, re-vient d'Amérique du Sud avec dans ses ba-gages quelques plants d'une fraise chilienne.Une variété robuste, étonnante, encore trèsdifférente de celles que nous connaissons.Ces plants, acclimatés en France, ne vontpas révolutionner la gourmandise du jour aulendemain. Mais ils entrent peu à peu dans un jeu de croisements, d'es- sais, de patience horticole. De rencontres botaniques en mariages heu- reux, la fraise moderne finit par prendre forme : plus charnue, plus par- fumée, plus généreuse, celle qui fait aujourd'hui le bonheur des tartes, des saladiers et des doigts tachés de rouge.


On parle désormais de centaines de variétés, chacune avec son tempéra- ment : certaines précoces, d'autres plus tardives, certaines délicates, d'autres plus rustiques. Et puis il y a ces "stars" de printemps — la Gariguette, par exemple — reconnaissable à sa silhouette élégante et à son parfum qui arrive avant même la première bouchée.


Et chez nous, dans les Landes, la fraise a trouvé un terrain à sa me-sure. Le sable doux, l'air océanique, la lenteur du printemps qui s'étirejusqu'en juin... tout concourt à ce que le fruit prenne son temps, etdonc son goût. Quelques familles, font perdurer ce savoir-faire à taillehumaine : Gariguettes, Ciflorettes, Charlottes ou Maras des bois. Pas de grands dis- cours, pas de fanfare. Juste un fruit qui sent délicieusement bon, et qui rappelle qu'à côté de chez soi, parfois, tout est déjà là.



La cerise, une voyageuse à la part de légende


La cerise, elle, porte avec elle une his- toire plus ancienne — et une petite part de mythe. La légende veut qu'un général ro- main, Lucullus, ait contribué à faire connaître le cerisier en Europe après une campagne en Asie Mineure, à une époque où les fruits voyageaient surtout grâce aux

conquêtes et aux caravanes.Vrai ou joliment arrangé par le temps ? Peu importe, ce qui est sûr, c'est que la cerise s'installe durablement dans nos paysages au fil des siècles. Elle traverse les jardins monas- tiques, les vergers familiaux, les tables de fête.


On raconte aussi que Louis XV, grand amateur, aimait tant les cerises qu'il encouragea leur culture : encore une histoire trans- mise comme un clin d'œil, qui dit bien à quel point ce fruit a toujours eu une place à part.Chaque début d'été, elle revient avec ses codes : les pre- mières poignées grappillées au passage, les noyaux qu'on recrache, les paniers qu'on jure "petits" et qui finissent vides. Certaines variétés se sont imposées comme des évidences — la Burlat, souvent la première à ouvrir le bal, suivie d'autres plus croquantes, plus tardives, plus sucrées. Et puis il y a la griotte, plus acidulée, quise glisse dans les clafoutis, les confitures et lesrecettes de grand-mère.


À deux pas d'ici, le Pays Basque a fait de lacerise un emblème. Au pied de l'Artzamendi,le village d'Itxassou veille depuis des géné-rations sur des variétés que l'on ne cultivevraiment qu'ici : la Peloa, précoce et sucrée ;la Xapata, jaune orangé, légèrement acidulée; la Beltxa, noire et acide, vouée tout entière àla confiture. Longtemps menacées d'oubli, ellesont été sauvées par une poignée de producteurs réunisau sein de l'association Xapata, qui entretient un verger conservatoire à l'ombre de l'église. Depuis fin 2023, une démarche de reconnaissance en AOP est même engagée auprès de l'INAO. Et chaque premier dimanche de juin, le village s'anime pour sa Fête de la Cerise — inscrite au pa- trimoine culturel immatériel français — où la confiture de cerise noire continue, comme depuis toujours, d'épouser le gâteau basque et le fromage de brebis.


En mai 1932, un aviateur, le comte de Sibour — habitué des coups d'éclat, on lui devait déjà un Paris-Pékin en dix jours par la Sibérie — décolle de Perpignan avec, à bord de son appareil, un cageot de cerises fraîchement cueillies à Céret. Direction l'Ély- sée. Le président Albert Lebrun reçoit ainsi les premières cerises de l'année. Près d'un siècle plus tard, la tradition n'a jamais cessé. Chaque printemps, les produc- teurs du Vallespir choisissent les plus belles Burlat, les déposent dans des cagettes, et les expé- dient à l'Élysée. Une façon de dire, officiellement : "ça y est, la saison commence."



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À noter dans l'agenda — Fête de la Cerise


Dimanche 7 juin 2026, le village d'Itxassou (64) célèbre comme chaque an-

née sa cerise noire. Au pro- gramme : messe bilingue, défilé de chars et danseurs en costume, démonstrations de pelote et de force basque, mar- ché des producteurs, et bien sûr dégustation des fameuses Peloa, Xapata et Beltxa, fraîches ou en confiture. Entrée libre — repas

champêtre sur réservation.

 
 
 

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