Le raisin landais, la vigne qui tenait les dunes de Capbreton
Cette année, les vendanges ont commencé le 19 août à Capbreton, quinze jours plus tôt que d'habitude. Le raisin ferme la saison des fruits avant de devenir tout autre chose. Et pour le voir pousser, pas besoin d'aller loin : il est dans les dunes.
Le vin qui tenait le sable
Avant la station balnéaire, Capbreton était un village de marins, de pêcheurs et de vignerons. Du XIIIe au XIXe siècle, la vigne a fixé les dunes du littoral, d'Anglet à Lit-et-Mixe. Chenin et cabernet franc, déjà. Le vin avait des tanins souples et une fraîcheur rares sur les marchés de l'époque, et l'ancienne embouchure de l'Adour en faisait un point de commerce stratégique. Les archives ont gardé des bordereaux de commande pour les tables couronnées d'Angleterre, de Norvège, du Danemark et de Hollande.
Puis tout s'enchaîne. Le détournement de l'Adour, qui modifie le microclimat et prive Capbreton de son négoce. L'oïdium, ce champignon qui poudre les grappes de blanc. Le phylloxéra, ce puceron venu d'Amérique qui dévore les racines. Le pin maritime, mieux valorisé, qui assèche les eaux stagnantes et prend la place. L'urbanisation du littoral fait le reste.

Les ceps sont revenus en 1995. Aujourd'hui, au Domaine de la Pointe, Cyril et Julie Laudet cultivent cinq hectares de vigne à huit cents mètres de l'océan : chenin, cabernet franc, cabernet sauvignon et tannat, vendangés à la main. Leur cuvée Écho des Dunes, en blanc et en rouge, est en bio, sous l'appellation IGP Landes Sables de l'Océan. Un vin salin, presque iodé, qui porte le nom de son sol.
Deux voisins plus anciens encore

Au sud, les moines de l'abbaye de Roncevaux plantaient dès le XIIe siècle autour d'Irouléguy et d'Anhaux, pour désaltérer les pèlerins en route vers Compostelle. Il faudra attendre 1970 pour que l'appellation soit reconnue.
À l'est, le Tursan expédiait ses barriques par l'Adour vers l'Angleterre et la Hollande. Reconnu dès 1958, il aura patienté jusqu'en 2011 pour décrocher son AOC.

Des cépages d'ici

Le Sud-Ouest cultive des raisins que le reste de la France ne connaît pas. Le baroque, un blanc de la Chalosse qui ne pousse presque nulle part ailleurs, donne des vins parfumés de fruits blancs, de verveine et de tilleul. Le tannat, un noir, apporte aux rouges basques leur charpente et leur aptitude à vieillir. Le courbu et les manseng font les blancs vifs du piémont pyrénéen, quand le crouchen, lui, supporte le sable du littoral.
Et pour croquer plutôt que pour boire, il faut monter jusqu'à Moissac : son chasselas est l'un des deux seuls raisins de table français protégés par une appellation.

L'astuce

Ne réservez pas le raisin au dessert. Détachez les grains, arrosez d'un filet d'huile d'olive et d'une cuillerée de vinaigre, ajoutez du thym, puis dix minutes de four à 200 °C. Les grains gonflent, éclatent, caramélisent. Servez tiède sur une tranche d'ossau-iraty ou à côté d'un magret : la confiture de cerise noire peut prendre sa journée.
Domaine de la Pointe
Chemin de la Pointe, 40130 Capbreton 06 45 97 23 52 info@domainelapointe.fr Visite libre du vignoble toute l'année, visites guidées avec dégustation sur réservation.
Texte Sandrine Vialatte. Sources : entretien avec Julie Laudet, septembre 2026 ; INAO, fiches Tursan blanc et Irouléguy rouge ; ministère de l'Agriculture, « Le raisin de table, fruit de l'automne » ; Guide Hachette des Vins ; Syndicat des vins d'Irouléguy.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Cet article est paru dans le Slowly Côte Sud des Landes n°46, à feuilleter en ligne.




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